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Commune du Parc du Morvan

Histoire d’un village : Brassy d’hier et d’aujourd’hui

Les bâtiments publics : Ecole, Mairie, Poste

Symboles de la république, l’école et la mairie, souvent associées à la poste, sont la marque du progrès social. Situer l’origine de l’école conduit tout droit à la découverte des deux autres.

Le 28 juin 1833, la loi Guizot oblige les communes à avoir au moins une école primaire. Mais la situation est précaire. L’enseignement est en effet souvent dispensé dans des lieux plus ou moins adaptés à cette fonction.

Le gouvernement ressent très vite le besoin de standardiser voire uniformiser l’architecture de ses écoles sur l’ensemble du territoire. Il établit un cahier des charges précis concernant les obligations de construction ainsi que des plans types de bâtiment. Le modèle national proposé unit symboliquement les deux piliers de la 3ème République naissante : l’école et la mairie.

La grande phase de construction scolaire ne commence que dans le dernier tiers du 19ème siècle. Le nombre des écoles publiques laïques ainsi créées va passer de 51731 en 1881 à plus de 69000 à l’aube de la grande guerre.

Après 3 ans de transactions, le 12 décembre 1846, la mairie de Brassy achète, pour 3500 F et 800 F de frais divers, à Sieur et Dame Baumier Henri, une maison destinée à l’établissement de l’école primaire.

« La maison est  située près de la place publique de Brassy . Elle est bâtie entre cour et jardin. Le rez-de-chaussée est formé de 2 grandes caves voûtées. Au-dessus est l’habitation à laquelle on arrive par un double escalier extérieur en pierre de taille. Elle se compose de 2 grandes pièces bien éclairées par 6 fenêtres. Enfin sur cet étage règne un grenier qui occupe toute la superficie. »

La construction de cette maison date du curé Laumain (1779-1834). Propriétaire d’un terrain dénommé « L’ouche des pommiers », le curé Laumain commandite le début de la construction d’une maison. A sa mort, la propriété passe dans les mains de neveux et nièces qui en achèvent la construction. Le dernier neveu, Jean César Paul Laumain, alors maire de Brassy (1831-1835) vend cette maison à Sieur Baumier. Celui-ci maire à son tour (1837-1858), la loue à la commune pour l’installation de l’école. Les deux grandes pièces sont alors transformées en quatre : deux pour le logement de l’instituteur (M Pommereau), une pour la salle de classe et la dernière pour entreposer les archives de la commune. M Baumier propose en 1843 de vendre cette maison à la commune de Brassy –qui accepte- « puisqu’elle est la seule du bourg à réunir les conditions voulues par les textes de lois. »

Selon un rapport datant de 1844 émanant de l’inspecteur primaire, il est dit que , « la population de Brassy s’élève à 1630 habitants en état de fournir 160 garçons à l’école communale » et un extrait du registre des délibérations du conseil municipal de la commune de Brassy nous précise que le nombre d’élèves fréquentant l’école « est au plus de 70 à 75 durant les mois de décembre, janvier et février, 50 à 60 dans les mois de mars et novembre et 25 à 30 durant tout le reste de l’année ».

Mais bien vite le besoin d’agrandissement de l’école se fait sentir car plus de 100 enfants des 2 sexes fréquentent l’école et s’entassent dans 48 m2. La mairie vote l’agrandissement de l’école prévu dans le prolongement du bâtiment existant. Pour ce faire, la mairie achète le 1er mars 1860, pour 230 F plus quelques frais, quatre ares de terrain –contigus à l’école- appartenant aux héritiers Clément.

La nouvelle salle de classe est achevée le 2 juillet 1869 ainsi que deux cabinets d’aisance, l’un pour les filles, l’autre pour les garçons. Les travaux se montent à 12907.66 F

L’ancienne salle de classe est transformée en deux pièces, l’une est rajoutée au logement de l’instituteur, l’autre devient salle de mairie dont la commune est dépourvue jusqu’ici.

En 1866, arrive la 1ère institutrice, Amélie Gaucher, qui prend en charge l’éducation des filles. L’école des filles est installée dans deux locaux provisoires loués par la mairie. Une salle de classe est établie chez M Gabriel Philippot. L’institutrice loge chez M Gibault au dessus du café « Maison Duboux », actuellement Hôtel du Centre. En 1869, l’institutrice se plaint qu’elle n’a pas « suffisamment de bancs et de tables à mettre à la disposition des nombreuses élèves »

Obligée par les textes de lois, forcée par les instances départementales, pressée par le conseil des bâtiments départementaux, contrainte par le nombre croissant d’enfants scolarisés (160 filles en 1874 pour une population de 2138 habitants), la commune voulant remédier à cet état de choses, décide la construction d’une maison d’école de filles avec logement de l’institutrice « sur un terrain qui pourra être réquisitionné par voie de nécessité publique ».

Une première proposition d’acquisition d’un terrain est soumise à l’inspecteur d’académie qui refuse en portant la conclusion suivante :

« 1° tout projet tendant à faire construire une école de fille dans un lieu voisin des auberges et de l’école des garçons, ou de faire élever d’un étage la maison des garçons doit être écarté,

   2° la commune de Brassy doit être mise en demeure de choisir un terrain plus convenable pour la construction de l’école spéciale des filles. »

Un autre terrain de neuf ares dix centiares requiert l’attention de la municipalité : « la chenevière ou petite ouche derrière les granges », terrain appartenant aux héritiers Meunier.

Après projet d’expulsion et diverses transactions, la mairie acquiert définitivement ce terrain le 5 juillet 1876, pour 780 F plus les frais, et fait procéder à la construction de l’école de filles (emplacement actuel de l’ « Ecole du haut »).

Un métré avait été établi par l’architecte de la ville de Clamecy, M Grandpierre, en 1869 et, le devis descriptif et estimatif en 1872 et l’enregistrement par l’administration en 1874. Les travaux se terminent en 1877 et coûtent 16000 F.

En 1882, l’école des garçons ne suffit plus à accueillir les 250 élèves et le conseil municipal décide de louer quatre pièces situées près de l’école appartenant à M Baudin. Deux serviront à l’établissement de 2 classes, les deux autres pour loger les instituteurs adjoints. Cette annexe est actuellement la maison de M Mme Maurice Sergent.

En 1888, le conseil municipal prend la décision d’agrandir à nouveau les maisons d’école de filles et de garçons. L’extension de l’école des garçons devant occuper le logement de l’instituteur ainsi que la pièce de mairie, cette assemblée décide également d’acquérir la propriété Baudin afin d’approprier les bâtiments qui en font partie en logements d’instituteurs, en mairie, en bureau des postes et télégraphes et en logement du receveur. Le jardin Baudin, jouxtant la cour des garçons et le jardin de l’instituteur, permet d’agrandir la cour de l’école devenue trop petite pour le grand nombre d’élèves fréquentant l’école.

La propriété Baudin se compose alors d’une salle d’auberge (actuellement le bureau de poste), d’une épicerie-mercerie (la salle d’accueil de la mairie), d’une cuisine (le bureau du maire) et de logements (le logement de la famille Balivet et celui du receveur). La vente a lieu le 2 avril 1889.

Brassy, le départ du Courrier
Brassy, le départ du Courrier

L’école des garçons se compose de quatre grandes salles, de deux cours de récréation, l’une derrière, l’autre devant, avec chacune un préau, six cabinets d’aisance et trois urinoirs. Les escaliers sont démolis, le jardin de l’instituteur est converti en hangar, préau et cour.
L’école des filles se compose de trois classes, deux au rez-de-chaussée, une à l’étage, deux préaux de part et d’autre de la cour et six cabinets d’aisance.
Seuls l’instituteur et l’institutrice ont un logement. Les adjoints n’ont qu’une chambre. L’institutrice et ses deux adjointes logent à l’école des filles. L’instituteur et deux de ses adjoints logent à côté de la mairie. Le 3ème adjoint est logé à l’emplacement d’un hangar dans la cour arrière de l’école des garçons (actuellement le bâtiment des pompiers).
L’acquisition de la propriété Baudin, les travaux d’agrandissement des écoles, d’installation de la mairie et du bureau des postes et télégraphes, l’amélioration de l’habitat des instituteurs et du receveur montent la facture à 46060 F. Les procès verbaux de réception des travaux exécutés par les différents entrepreneurs sont signés en 1892.
C’est alors la grande époque de nos écoles primaires. Un rapport de 1888 fait état de 200 garçons et 174 filles pour une population de 2280 habitants. En 1903, Il y a un projet de création d’une cantine à l’usage des 2 écoles puisque 140 élèves venant de hameaux éloignés sont obligés de déjeuner en classe mais ce projet reçoit un avis défavorable puisque « la majorité des élèves continueraient à déjeuner dans les locaux scolaires. On ne pourrait pas obliger les enfants à déjeuner dans les locaux prêtés par la mairie ».
D
epuis le nombre d’enfants scolarisés a diminué. Finalement une cantine s’est créée, dans une salle de classe désaffectée.
Différents maires, instituteurs, élèves, postiers se succèdent à Brassy. Seul, le rire des enfants dans la cour des écoles demeure identique …

Annie ROUSSEL-BEELDENS

Sources : Archives Départementale
Cartes postales anciennes, collection Annie ROUSSEL-BEELDENS